Il existe un guide de prescription récent des IMAO classiques, rédigé et endossé par plus de 70 experts internationaux et publié en libre accès. Voici une synthèse française de son cœur pratique — pensée pour le patient curieux et le médecin qui (re)découvre ces molécules.
Le guide vise la dépression résistante — celle qui n'a pas suffisamment répondu à au moins deux antidépresseurs bien menés, seuls ou avec une potentialisation (le lithium, par exemple). Son message central : dans ce cas de figure, les IMAO devraient toujours être envisagés, y compris dans les dépressions mélancoliques et dans les formes dites « atypiques » (sensibilité interpersonnelle marquée, réactivité de l'humeur, hypersomnie…).
Ils peuvent garder de l'efficacité même après l'échec de l'électroconvulsivothérapie (ECT) ou de la kétamine, et valent aussi pour certains troubles anxieux et le trouble panique résistants. Le texte rassemble un consensus de plus de 70 experts, fondé sur six décennies d'expérience clinique.
La dose de départ est d'un comprimé par jour : 10 mg de tranylcypromine, ou 15 mg de phénelzine. Elle est ensuite augmentée progressivement, selon la réponse et la tolérance. Pour la tranylcypromine, des prescripteurs expérimentés peuvent monter, si c'est cliniquement justifié, jusqu'à 80–100 mg.
Chez la personne âgée : dose initiale plus basse et titration plus lente. L'effet antidépresseur complet met du temps à s'installer (quelques améliorations en jours ou semaines, plein effet plus tard) ; dans la dépression résistante, le traitement est en général prévu sur le long terme.
Avant de commencer un IMAO en venant d'un médicament sérotoninergique (ISRS, IRSNa, clomipramine, imipramine, ou un libérateur de sérotonine), il faut respecter un délai d'élimination. Le guide le calcule comme 5 fois la demi-vie du médicament précédent — soit, en pratique, environ 8 jours pour la plupart des ISRS/IRSNa, avec deux exceptions à demi-vie longue : la vortioxétine et surtout la fluoxétine (jusqu'à ~5 semaines). Entre deux IMAO irréversibles, le délai usuel est de 14 jours.
Le plus constant est l'hypotension orthostatique (chute de tension en se levant), dose-dépendante, surtout au début et après une augmentation — c'est l'effet « tension basse » des IMAO.
La phénelzine peut donner : prise de poids, œdèmes, somnolence ou insomnie, dysfonction sexuelle, constipation, rétention urinaire, baisse de vitamine B6 (pyridoxine), et rarement une atteinte du foie.
La tranylcypromine : insomnie, bouche sèche, et de brèves poussées de tension après la prise (1 à 3 heures, souvent sans symptôme, parfois palpitations ou mal de tête). Pistes de gestion citées par le guide : répartir la dose dans la journée (pour abaisser les pics), réduire la dose, ou recourir au propranolol.
Le guide insiste sur les deux mêmes dangers que notre page dédiée : l'excès de sérotonine (avec les sérotoninergiques — ISRS, IRSNa, clomipramine… mais aussi le linézolide et le bleu de méthylène, qui ont une activité IMAO « cachée ») et la poussée de tension (avec les stimulants/sympathomimétiques). Un régime pauvre en tyramine est par ailleurs nécessaire avec tous les IMAO classiques.
Le guide se termine par des consignes simples : dire à votre médecin traitant que vous prenez un « IMAO classique » ; ne prendre aucun médicament en vente libre ni complément sans demander (cela inclut les sirops contre la toux et les gouttes nasales) ; prévenir votre dentiste avant tout soin. De quoi, justement, alimenter la discussion : voir la lettre à remettre à votre médecin.
Ce site propose une information générale et ne remplace en aucun cas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Aucune décision concernant un traitement ne doit être prise sans un professionnel de santé. Les IMAO comportent des précautions réelles — alimentaires et surtout d'interactions médicamenteuses — détaillées dans les pages concernées.